Rapport

TOUS LES RAPPORTS

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UNE CRISE EN QUÊTE DE FIN. 
Quand l'Histoire bégaie.



Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, Sénateur du var.

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ADMINISTRATION GÉNÉRALE ET TERRITORIALE DE L’ÉTAT
Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, 
Sénateur du var.

Avis présenté au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d’administration générale sur le projet de loi de finances pour 2017, ADOPTÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE,
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EVOLUTION DE L’ACTIVITE DES SERVICES DEPARTEMENTAUX D’INCENDIE ET DE SECOURS (SDIS) EN MATIERE DE SECOURS A PERSONNE,

QUAND LA REFORME RENCONTRE LES TERRITOIRES

Deuxième rapport d'étape de la mission de contrôle et de suivi de la mise en oeuvre des lois de réforme territoriale

Rapport n° 730 (2015-2016) - 29 juin 2016
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ADMINISTRATION GÉNÉRALE ET TERRITORIALE DE L’ÉTAT
Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, 
Sénateur du var.

Avis présenté  au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d’administration générale (1) sur le projet de loi de finances pour 2016, ADOPTÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE,
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ADMINISTRATION GÉNÉRALE ET TERRITORIALE DE L’ÉTAT
Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, Sénateur du var.

Avis présenté au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage
universel, du Règlement et d’administration générale (1) sur le projet de loi de
finances pour 2015, ADOPTÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE,
TOME I


  

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 En attendant la réforme du système financier
Une crise en quête de fin | De la révolte des élites à la révolte contre les é | Projet de Loi de Finances pour 2015
 
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En ligne 8 mars 2017

DE LA RÉVOLTE DES ÉLITES A LA RÉVOLTE CONTRE LES ÉLITES

Election de Donald Trump à la Maison Blanche, victoire du Brexit en Grande Bretagne, scores électoraux impressionnants de l’improbable mouvement « Cinq étoiles » et élimination de Matteo Renzi  arrivé en sauveur de Italie il y a moins de trois ans,  montée de l’extrême droite partout en Europe (FN en France, AfD en Allemagne, UKIP en Grande Bretagne, parti de la liberté en Autriche etc.), installation dans la durée de mouvements  séparatistes en Catalogne, Italie du nord, Flandre, autant d’évènements, pour les plus récents non prévus par les sondages et en tous cas non souhaités par les médias, les partis alternant jusqu’ici au pouvoir et les électeurs « raisonnables ». Quant à l’échec laborieux de Norbert Hofer, la personnalité indépendante et respectée de son adversaire aux élections présidentielles autrichiennes n’y est probablement pas pour rien. L’élection d’Alexander Van der Belle est aussi un désaveu des partis qui ont gouverné l’Autriche depuis la fin de la guerre et dont les candidats ont été éliminés dès le premier tour. Quant à la sortie de l’ombre de l’extrême droite et des mouvements séparatistes, son ancienneté a fait oublier qu’elle surprit aussi au départ.

Vous avez-dit « populisme » ?

Les responsables politiques en place et les médias croient régler le problème d’un seul mot : « populisme ». Un mot valise qui permet de transformer en raciste, xénophobe, sexiste, illettré profond toutes les nuances des réfractaires à l’Europe telle qu’elle fonctionne, toutes les gradations de malheureux de la mondialisation et de sceptiques sur la capacité de la « concurrence libre et non faussée » de réguler souverainement le monde et la vie des gens etc.

Autant de gens « pitoyables » pour reprendre l’expression d’Hillary Clinton à l’adresse des partisans de Donald Trump. (1) Ce que les intéressés se sont fait un plaisir de retourner contre celle que les sondages voyaient déjà présidente, transformant ce « pitoyable » en badge.

Mais, le meilleur exemple de ce mépris pour le populaire et d’aveuglement sur l’état du monde est probablement l’entretien de Bernard Henry-Levy à la Stampa. Pour lui, l’élection de Donald Trump, dont il avait, annoncé la défaite, ne marque en rien un quelconque échec du libéralisme,  une revanche contre les « élites » de la mondialisation. C’est l’expression du « le mépris de la démocratie », « les lois de la téléréalité étendue à la politique ». A se demander quel système a bien pu engendrer pareille dérive, pareille confusion des valeurs ; pourquoi le seul candidat démocrate pouvant battre Donald Trump - Bernie Sanders- a été éliminé de manière douteuse par l’appareil partisan. La cause est entendue : « C’est un vote contre l’égalité et le respect des minorités. » Autrement dit, c’est une faute morale, nullement un choix politique, fut-il erroné.

Tout à sa fureur sacrée, BHL craint qu’on n’assiste à « une auto-liquidation, par les moyens de la démocratie, de la démocratie elle-même. Vous aviez la servitude volontaire façon La Boétie. Eh bien nous avons aujourd’hui la volonté de démocratie qui accouche de ce maître ultime, de ce despote sans réplique, qu’est le Peuple trumpisé…[...] » Un peuple capable de voter contre ses propres intérêts est-il digne de la démocratie ? telle est la question qui affleure derrière la multiplication des dénonciations de l’inconséquence populaire venant de moralisateurs libéraux dignes des apparatchiks auxquels Brecht donnait ce conseil lors de l’invasion de la RDA par les chars soviétiques : « Le peuple ayant perdu la confiance du Gouvernement, il serait plus simple pour lui de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ». (2)

Mais, au fait, les électeurs qui ne votent pas comme souhaite le consensus ont-ils un comportement irrationnel, pensent-ils voter contre leurs intérêts ? On verra que c’est loin d’être la règle générale. Sont-ce tous des xénophobes, des racistes etc. ? Loin de là, répond Michael Moore, adversaire de Donald Trump dont il avait prévu que la victoire viendrait de la défection de l’électorat ouvrier dans la « ceinture de la rouille » : « Vous devez accepter que des millions de gens qui avaient voté pour Barack Obama ont cette fois changé d’avis. Ils ne sont pas racistes. » (Cité par Le Monde Diplomatique Décembre 2016)

Sauf que l’accepter serait reconnaître que la politique menée depuis plus de quarante ans dans toutes les provinces de l’Empire américain sous emballage de gauche ou de droite n’a pas eu les mêmes résultats pour tout le monde ; reconnaître que l’abandon des compromis sociaux de l’Après-guerre – New Deal aux USA, programme du CNR en France et Welfare state en Grande Bretagne-, que la Restauration libérale menée tambour battant, avaient non seulement abouti à une crise économique interminable, mais conduit à une impasse politique dont personne ne sait comment sortir.

Les raisons de la déraison : les gagnants et les perdants de la restauration libérale ?

Certes la plupart des résultats électoraux dérangeants sont plus des votes contre le consensus politique responsables de l’impasse dans laquelle nous sommes qu’un soutien à des politiques montrant une voie permettant d’en sortir mais ils montrent au moins qu’invoquer l’existence de formations politiques repoussoirs ne suffit plus à garantir la stabilité d’un système partisan où l’on s’écharpe sur l’accessoire pour mieux éviter de parler de l’essentiel. L’éventualité du saut dans l’inconnu faisant de moins en moins peur, peut-être serait-il temps de proposer aux électeurs autre chose que le choix entre le chaos et la poursuite de politiques de faillite.  

Distribuer des étiquettes infamantes étant de moins en moins dissuasif, peut-être pourrait-on essayer de comprendre ce qui se passe, autrement dit, de mettre à jour la part de rationalité incluse dans cette apparente irrationalité ? Ainsi pourrait-on chercher à savoir à qui profite un système si précieux qu’il mérite d’être conservé au prix de la stagnation économique et du désenchantement collectif ? Qui était derrière les mutations de l’Empire américain après la dénonciation des Accords de Bretton Woods ?

L’historien et sociologue américain, Christopher Lasch a été l’un des premier à mettre en évidence que contrairement à ce que colporte le consensus idéologique, l’origine de la « révolution libérale » de ces cinquante dernières années n’est pas d’abord intellectuelle et technique – le constat que l’ordre keynésien des « trente glorieuses » ne permettant plus de répondre aux difficultés des temps nouveaux, il convenait de restaurer l’ordre libéral de l’Avant-Guerre- mais politique et sociale. Le moteur de cette restauration c’est, très prosaïquement, l’intérêt d’une minorité qui a su profiter des difficultés financières de l’état américain empêtré dans la guerre du Vietnam et des opportunités qu’offrait la fin du système monétaire mondial des parités fixes pour mettre en place un système lui permettant d’accaparer l’essentiel de la richesse produite. La conversion de l’essentiel des élites de l’argent, du pouvoir et de la culture à la bonne nouvelle libérale en a été le levier. 

« Naguère, écrit Christopher Lasch dans son dernier essai, c’était la « révolte des masses » qui était considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses…

L’évolution générale de l’histoire récente ne va plus dans le sens d’un nivellement des distinctions sociales, mais de plus en plus vers une société en deux classes où un petit nombre de privilégiés monopolisent les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir…De nos jours, la démocratisation de l’abondance -l’attente de chaque génération de se voir bénéficier d’un niveau de vie qui était hors de portée de ses prédécesseurs – a cédé la place à un retournement où des inégalités séculaires commencent à se réinstaurer, quelques fois à une vitesse terrifiante, et parfois si progressivement que nous ne nous en rendons pas compte. » (« La révolte des élites et la trahison de la démocratie » 1995- traduction française Ed Climats 1996)

Et Lasch de préciser : « Le problème de notre société n’est pas seulement que les riches ont trop d’argent mais que leur argent les isole, beaucoup plus que par le passé, de la vie commune. »

 

Cette forme nouvelle de lutte des classes, cette « révolte des élites » pour reprendre l’expression de Christopher Lasch aura deux conséquences majeures :

- Sur le plan social, non seulement une répartition très inégalitaire des revenus et des patrimoines, mais une dissociation du corps social entre deux classes où un petit nombre de privilégiés monopolisent les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir, la classe moyenne devant se partager inégalitairement entre l’une ou l’autre. Une évolution typique des pays autrefois appelés « sous-développés ».                                                                                                                  
- Sur le plan politique, la neutralisation du corps électoral, l’alternance au pouvoir dans chaque pays des deux camps d’accords sur l’essentiel : interdire avec le secours d’une bureaucratie de l’expertise et du droit, toute remise en cause démocratique de l’ordre libéral. Avec le risque de rendre impossible une réforme paisible du système, seules des crises de plus en plus graves pouvant le faire évoluer. « On assiste, relève Lasch, à des batailles idéologiques furieuses sur des questions annexes. Les élites qui définissent ces questions ont perdu tout contact avec le peuple. Le caractère irréel et artificiel de notre vie politique reflète à quel point elle s’est détachée de la vie ordinaire, en même temps que la conviction secrète que les vrais problèmes sont insolubles ». Constatons que trente ans plus tard le constat vaut toujours pour toutes les provinces de l’Empire américain.   

 

Christopher Lasch n’est pas le seul à avoir flairé l’odeur de la lutte des classes là où la décence et Alain Minc – auteur de cette pensée profonde : « Je ne sais pas si les marchés pensent juste, mais je sais qu’on ne peut penser contre les marchés. » (« La mondialisation heureuse » 1996) -  voient seulement les nécessités d’une modernisation heureuse.Ainsi le milliardaire américain Warren Buffett commentant la situation d’avant crise à CNN (19/06/2005) et déclarant : « C’est la lutte des classes. Ma classe est en train de la gagner. Elle ne devrait pas. ». Ainsi le français Denis Kessler, PDG du groupe de réassurance SCOR et alors Vice-président du MEDEF exposant au magazine Challenges (04/10/2007) que le programme de sa caste était de « sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance »
Le plus lucide est incontestablement le milliardaire américain qui voit les risques de déstabilisation sociale et politique de cette reprise de la lutte des classes, de cette rupture des compromis de l’Après-guerre – New Deal aux USA, programme du CNR en France et Welfare state en Grande Bretagne. Quant à l’enthousiasme décomplexé de l’ex maoïste reconverti au libéralisme triomphant, il donne une idée du cynisme aveugle de pareilles « élites » alors même que la première Grande crise du XXIème siècle vient de commencer. Grande crise qui pourrait bien donner raison à Warren Buffett. Et si la révolte contre les élites, de plus en plus perceptible dans les résultats électoraux qui se succèdent, était la réponse une restauration libérale incapable de tenir ses promesses de prospérité pour tous ?

Ce qui nous ramène à la question : à qui a profité la restauration libérale ?

 

La concentration de la richesse.

 

Toutes les études – particulièrement « Le capital au XXIème siècle » de Thomas Piketty (Seuil) montrent que le résultat en sera une baisse des revenus du travail par rapport à ceux du capital, une montée des inégalités de revenus et de patrimoine très forte dans les pays anglo-saxons et nettement plus modérées en Europe continentale, notamment en France.

 

1- Une évolution du partage de la valeur ajoutée des entreprises défavorable aux revenus du travail.

 

Selon les études, entre 1981 et 2006, la part des revenus du travail dans le partage de la valeur ajoutée des entreprises baisse de 7 à 10 points de PIB, ceux du capital augmentant d’autant

 

 

2- 3 Explosion des inégalités de revenus dans les pays anglo-saxons.

 

A partir des années 1980, aux USA, la part des revenus des 10% les plus riches augmente considérablement (Thomas Piketty) et comme on voit sur le graphique ci-dessous, les plus- values spéculatives y contribuent.

A noter aussi qu’à l’intérieur de la strate des 10% qui gagnent le plus, la progression des revenus est d’autant plus forte qu’ils sont élevés. Quand les revenus du bas de la strate augmentent de quelques pourcents, ceux des 1% les plus riches progressent de près de 25% !

 


 

4- L’évolution des inégalités de revenus en France

 

Si le phénomène est moins accusé que dans les pays anglo-saxons,  il n’en est pas moins réel. 

 

Le déclin des classes moyennes.

 Les conclusions précédentes portaient sur l’évolution de la part revenant aux 10% les plus riches de la population des pays industrialisés ainsi qu’à l’intérieur même du décile. Il apparaissait que l’augmentation était d’autant plus importante que la fraction de population concernée diminuait.

Reste une question essentielle : qu’en était-il non pas du sort des plus riches par rapport à l’ensemble de la population mais de l’évolution de la situation des autres, les plus pauvres et les classes moyennes ?

La réponse de l’économiste Branko Milanovic, ancien directeur de la recherche de la banque mondiale, est claire : « Loin de s’atténuer comme on l’escomptait, les inégalités de revenu se sont accentuées depuis un quart de siècle »

Dans un entretien à ECONOMIA, Branco Milanovic observe que « « lorsqu’on examine les données économiques, on remarque que l’avènement de [Donald Trump, Marine Le Pen, l’AfD] va de pair avec le déclin de la classe moyenne dans presque tous les pays industrialisés. Les revenus réels de beaucoup de travailleurs modestes n’ont qu’à peine augmenté en Occident ces vingt-cinq dernières années, alors que ceux des plus riches ont explosé…Bien des gens sont déçus, ce qui se répercute sur leurs choix d’électeurs…

Il a fallu du temps pour que les gens comprennent ce qui se passe. Aux Etats-Unis, en tout cas, la crise financière a été un déclencheur décisif. Auparavant, les gens gagnaient déjà peu, mais ils se sentaient plus riches parce que leur banque les fournissait en crédits bon marché et que la valeur de leur maison augmentait. Lorsque la bulle a éclaté, ils ont compris d’un coup qu’il ne leur restait pas grand-chose.

Les différences sont particulièrement criantes en Amérique, mais le modèle est le même dans d’autres économies occidentales. L’inégalité n’a reculé dans aucun pays. Même la Suède, avec sa tradition sociale-démocrate, est devenue plus inégale. Or, selon les populistes, c’est la mondialisation qui en est responsable…

Aux Etats-Unis, l’inégalité a atteint une ampleur qui menace des acquis essentiels. Lorsque l’accès à une bonne formation est interdit à des salariés « normaux» parce qu’ils ne peuvent se payer l’université, lorsque les super riches peuvent, avec leur argent, inuencer l’agenda politique, on a les caractéristiques d’un pouvoir ploutocratique dont la stabilité ne peut être assurée que par un appareil sécuritaire sans cesse plus important. »

 

 

Le graphe ci-dessous qui retrace l’évolution des revenus, hors inflation, de 1988 à 2008, au niveau mondial précise les choses.

La distribution des revenus est découpée en part de 1% qui seront placées en fonction de leur évolution. On obtient une courbe qui a la silhouette d’un éléphant 
On constate que pour les personnes au voisinage de la médiane (point A), principalement des chinois et des indiens, le revenu a augmenté de 80%. Pas étonnant compte tenu de l’importance joué par ces deux pays, tout particulièrement la Chine dans la régression de la pauvreté dans le monde.
Par contre la partie basse entre A et B, qui correspond aux revenus des classes moyenne des pays développés, traduit une nette dégradation de leur situation.Le point C qui correspond au centile le plus élevé de la distribution vérifie ce que nous a appris les travaux de Piketty, l’enrichissement du haut de la pyramide des revenus, d’autant plus important qu’ils sont proches de la pointe.

 

 

La Grande crise ou l’heure de vérité.

 

Les effets déflationnistes de cette paupérisation relative d’une bonne partie des classes moyennes, de cette évolution des revenus du travail sur la consommation et donc sur la production et le chômage seront pour une part importante compensés par l’endettement des ménages : crédits immobiliers et crédits à la consommation surtout. Autant d’explosifs auxquels les manœuvres spéculatives rendues possibles par la concentration et la dérégulation du système financier, serviront de détonateur.

 

 

L’inversion de la tendance en 2008 marquera le début de la première Grande crise du XXIème siècle : « L’arrêt de la hausse des taux d’endettement des ménages (aux EU, dans la zone euro hors Allemagne, au Royaume-Uni) est la cause essentielle de la crise. »

Patrick Artus (Flash économie Natixis février 2009)

 

Montée du chômage et de la précarité.

 

Le premier effet de la crise sera l’explosion du chômage, du sous- emploi et de la précarité, auxquels, contrairement à ce que pourraient laisser croire des chiffres officiels fabriqués pour minimiser l’ampleur du phénomène, il n’a toujours pas été porté remède.

Non seulement les taux de chômage officiels ont partout été « améliorés » en décourageant les inscriptions sur les listes des demandeurs d’emplois mais ils ont été obtenus au prix d’une dégradation des conditions de travail, chaque pays utilisant plus ou moins un ou plusieurs de ces trois leviers : baisse du temps de travail annuel, importance du travail partiel, rémunération.

Alors même que les effets récessifs de cette baisse des revenus du travail ne peuvent plus être autant compensés par l’endettement des ménages et les aides sociales, les budgets publics devant viser l’équilibre.

Résultat, un déclassement d’une partie des catégories moyennes et une augmentation de la précarité des plus fragiles.

 

Encadrés

 

 

Montée des inégalités territoriales.

C’est le second élément d’explication de résultats électoraux inexplicables pour les gens « raisonnables ». Les exemples britanniques et Etasuniens permettent en tous cas de la soupçonner 

Quand on sait que les 24% de britanniques qui, en 2006, avaient un revenu compris entre une fois et deux fois le revenu moyen européen ne seront plus que 13% en 2014 ! (Viviane Riches Flores), Que les 36% de britanniques à avoir, toujours en 2006, un revenu inférieur à la moyenne européenne, seront 68% en 2014 (voir ci-dessus), on est un peu moins étonné des résultats de la consultation sur le Brexit. Un Royaume d’ailleurs de plus en plus désuni à en juger par l’enrichissement de Londres et sa zone d’influence d’un côté et la paupérisation d’une partie du pays de l’autre. La crise a précipité un véritable déclassement pour 44 millions de britanniques

1-  L’évolution des niveaux de développement régional en Grande Bretagne

Légende : la gradation va des couleurs les plus chaudes (régions les plus prospères), aux couleurs les plus froides (régions les moins prospères)

2-: Les effets de la crise en GB selon les régions



Comme on sait, le succès de Donald Trump a tenu au basculement d’électeurs traditionnellement Démocrates aux Républicains dans quatre Etats industrieux de la « ceinture de la rouille » : Ohio, Wisconsin, Pennsylvanie et Michigan. Alors que Trump y a fait campagne contre le libre-échange et les délocalisations, Hillary Clinton les a ostensiblement boudés. Dans ces états où la situation des ouvriers n’a cessé de se dégrader depuis quarante ans, la crise a représenté une catastrophe. Ainsi, dans le Wisconsin entre 1975 et 2014, les revenus médians des ouvriers blancs non qualifiés ont diminué de 20% dont 14% depuis 2007 (Le Monde Diplomatique décembre 2016)

Mikael Moore avait pronostiqué, alors que tous les sondages indiquaient une nette victoire d’Hillary Clinton que c’est dans ces états qu’elle perdrait les élections.

La crise a, en effet, touché de manière différenciée les états de l’Union.

 

Les États les plus pauvres ont souvent vu leur position relative s’aggraver depuis 2008

• Les activités de services y sont en retrait par rapport à la moyenne nationale, les gisements d’emploi peu qualifiés sont trop faibles, le taux de participation y a particulièrement baissé

• La moindre mobilité de la population (crise immobilière, avancement de l’âge) encre ces États dans un retard chronique

 • L’ensemble entretient la frilosité des consommateurs, un sentiment d’insécurité et la rancœur de la population

12 Etats US représentant 25% de la population ont vu leur revenu par tête diminuer de plus de 2% à la moyenne depuis 2007

13 Etats représentant 37% de la population l’on vu augmenter de plus de 2%

Pour 24 Etats la variation se situe entre +/- 2%

 

Conclusion

Les résultats électoraux surprenants qui se succèdent dans les provinces de l’Empire américain années après années sont à l’évidence des manifestations de défiance contre un système qui n’a pas tenu ses promesses d’enrichissement individuel par la « libération des forces de la concurrence » et la domination des marchés. La « révolte des élites », moteur de la restauration libérale qui en une quarantaine d’années a transformé l’Empire pourraient bien déboucher sur une « révolte contre les élites » aux conséquences totalement imprévisibles. Imprévisibles parce que ces « émeutes électorales » contre le système et dont les significations peuvent être contradictoires n’ouvrent que rarement des issues de secours à l’impasse où nous nous trouvons. A en juger par les premières mesures de l’ancien candidat anti Wall Street devenu le nouveau locataire de la Maison Blanche, on reprend les mêmes mais en pire. Il faut dire, qu’en moins décoiffant il est vrai, faire compagne contre le système est devenu une figure imposée de tout candidat du système.

Reste à savoir combien de temps pourra durer la mascarade et ce qu’il en sortira, d’autant qu’il serait bien léger, de compter sur la lucidité des « élites » au pouvoir pour réformer leur « grand œuvre » avant qu’il ne s’écroule. Reste à leurs électeurs de l’être plus qu’eux.

NOTES

1- « Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables » lance Hillary Clinton sous les rires des participants du gala LGBT pour la candidate, à New York le 16 septembre 2016. « Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. Vous n’avez qu’à choisir ». Comme on a pu le voir à la télévision, la réponse des partisans de Trump a été de transformer « les pitoyables » en badge ostensiblement porté.

2- Il s’agit d’un projet de tract qui finalement ne sera pas distribué. Un acte manqué en quelque sorte. 


Une crise en quête de fin | Page 2 sur 3 | Projet de Loi de Finances pour 2015

  

 La lettre du Sénateur

La lettre du Sénateur N° 49 janvier fevrier mars 2017

DE LA RÉVOLTE DES ÉLITES Á LA RÉVOLTE CONTRE LES ÉLITES
LES RAISONS DE LA DÉRAISON
les gagnants et les perdants de quarante ans de libéralisme
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